L'invtation originale du marché Dauphine (à gauche) et l'invitation détournée (photo Thierry Théolier)
C’est traditionnel, chaque année, au tout début de l’automne, les marchés aux Puces de Saint-Ouen donnent une fête où le Tout-Paris des collectionneurs, des amateurs d’art et des fêtards professionnels se pressent dans une ambiance joyeuse et bon-enfant. J’ai reçu plusieurs cartons d’invitation car chaque marché a dessiné et envoyé la sienne. Le syndicat du Hype a détourné celle du marché Dauphine qu’il a largement distribué au travers des Réseaux Sociaux.
Sur place, des vigiles gardent jalousement chaque entrée des différents marchés et demandent leurs invitations à toutes les personnes qui souhaitent y pénétrer. Mais ils ne sont pas trop abrupts. Ils autorisent de faire rentrer deux, trois ou quatre personnes sur une seule invitation et acceptent les cartons des marchés voisins. Même les amateurs d’art et de champagne munis de la seule fausse invitation du Syndicat du Hype rentrent sans problème. C’est une sélection comme je les aime et comme je la faisais pratiquer à l’entrée de mes boites de nuit : il s’agit d’éviter d’avoir trop de clochards, mais le public reste large et mélangé, ce qui est le secret d’une fête réussie.
Une jolie modèle (photo Arnaud-Louis Chevallier)
Je m’apprête à pénétrer dans le marché Vernaison dont j’ai gardé un excellent souvenir de la fête de l’an passé, mais des amis me hèlent dans la rue pour commencer par celle du marché Dauphine, juste en face, réputée plus chic et plus roborative. Les allées sont encore plutôt vides. En face d’une soucoupe volante au pied de laquelle un groupe doit jouer plus tard, le buffet central n’est pas encore ouvert. Je me promène dans les échoppes. Je remarque celle de la Vintage gallery avec ses flippers et ses juke-box étincelants. Je croise le photographe Thomas Fulford, toujours à la recherche de jolies modèles. J’en aperçois effectivement quelques-unes.
Le stand d'Anne Wohlgemuth (photo Arnaud-Louis Chevallier)
Outre le buffet central, chaque échoppe a prévu d’abreuver les visiteurs et les amis de boissons diverses. Je monte au premier étage et découvre un stand tenu par la photographe Anne Wohlgemuth. Elle y expose des clichés de statues. Au moins, ses modèles ne sont pas trop agités pendant qu’ils posent... J’observe son travail qui est d’une grande qualité et qui demande minutie et rigueur. Je maîtrise peu la technique mais j’apprécie tout autant la sculpture que la photographie.
Pièce de collection privée de dos par Anne Wohlgemuth (photo Arnaud-Louis Chevallier)
Pièce de collection privée de face par Anne Wohlgemuth (photo Arnaud-Louis Chevallier)
Composition d'Anne Wohlgemuth (photo Arnaud-Louis Chevallier)
Elle propose dans son espace situé au numéro 87, des images élégantes -et forcément intemporelles- de pièces de collections privées. L’une d’entre elles représente un corps féminin sans tête ni bras, qu’elle a photographié de face et de dos. La juxtaposition des deux points de vue amène un supplément d’âme à ces objets inanimés. Il me semble bien qu’ils en ont une, donc... Un peu plus loin, elle me montre un autre cliché que l’encadrement réalisé par l’un de ses voisins du marché met particulièrement en valeur. Effectivement, le cadre, s’il est en harmonie avec ce qu’il entoure, le complète et le sublime.
L'entrée du marché Biron (photo Arnaud-Louis Chevallier)
Je quitte le marché Dauphine et traverse la rue. Devant le marché Biron, les vigiles sont en grand habit de grognard. Je n’ai même pas besoin de chercher laborieusement mon carton sur mon téléphone, une amie qui me devançait me fait entrer. Le lieu est composé de deux allées parallèles remplies de monde. Je me dirige tout au bout de la première, où un buffet de fromages et de vin pétillant attire les chalands qui stagnent au son d’un plutôt bruyant programme musical entrecoupé d’intermèdes théâtraux censés être drolatiques.
Certains participants sont costumés. Je me remémore les folles soirées de La Régence que Cyrille Gordigiani et moi-même organisions les vendredis et samedis à l’Opéra-Night, où un tiers de la clientèle venait habillé en marquis Louis XV ou en duchesse du XVIIIème siècle, revisitée avec les accessoires sexy du XXème. J’explore les échoppes qui m’entourent et qui sont autant de cavernes d’Ali Baba. Je m’arrête plus longuement chez Edith Davidson qui propose un choix de tableaux de belle facture pour des montants raisonnables.
Le marché Biron (photo Agnès Malterre)
Une participante costumée (photo Agnès Malterre)
Un concert avec des danseuse (photo Arnaud-Louis Chevallier)
Je quitte le marché Biron et pénètre dans le marché Vernaison, où chaque stand redouble d’imagination pour être plus festif que le voisin. Il y a de petits orchestres de rock, des DJ derrière une installation de fortune, des danseuses, des cubitainers de vin, et pour ceux, comme moi, qui font attention à ne pas rouler dans le caniveau, des bouteilles de jus de fruit et de coca-cola.
Un concert de Jazz manouche (photo Agnès Malterre)
Je reste un bon moment, à observer la fugacité des désirs et des plaisirs entremêlés dans les yeux des personnes que je croise. Je me rassasie de la joie ambiante sans faire attention au temps qui passe. Alors que je m’apprête à arpenter les autres marchés vers de nouvelles aventures, je m’aperçois qu’il est déjà tard et décide de rentrer chez moi. Qu’importe si je n’ai pas le don d’ubiquité et que je ne peux pas tout faire.
Loin des boites de nuit toutes moribondes, il est donc encore possible de faire la fête. Les gens ne demandent que ça ! Alors que partout, à la télévision, à la radio, sur les Réseaux Sociaux, dans la presse écrite, on nous dresse les uns contre les autres, on attise nos haines et nos peurs, on nous écrase et on nous humilie, il suffit de proposer un mélange de public audacieux pour redonner le goût du frivole et du superflu.
Foule sentimentale.
Les Puces, nouvelle discothèque pour tous.