Mes désirs les plus voluptueux sont peuplés de jambes de femme. Qu’elles soient nues ou finement gainées de soie ou de nylon, je les aime longues, infiniment longues. En été, dans la rue, à la plage, aux terrasses des cafés, mon regard se pose délicatement sur un genou ou sur une cheville et remonte jusqu’aux cuisses, à la lisière d’un short en jean ou d’une indiscrète minijupe. Je cache mon émoi en prenant un air absorbé mais tous mes sens en éveil n’en perdent pas une miette.
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Dans la rue (photo Facebook)
A la plage (photo Facebook)
Aux terrasses de café (photo Facebook)
Mon amour pour les jambes des femmes remonte à ma petite enfance, lorsque les filles au pair qui s’occupaient de moi retiraient leurs bas dès qu’elles arrivaient à la maison pour être plus à l’aise. J’aimais caresser leurs genoux et leurs cuisses. Leur peau était douce et soyeuse. Et leur chair était ferme et souple. Au début un peu étonnées, elles se laissaient faire car ça restait très sage et qu’elles trouvaient ça plutôt amusant. Je découvrais un monde merveilleux auquel j’associais la quiétude de l’instant, la volupté de ce que je touchais et les parfums parfois enivrants qu’elles portaient. Au sol, les bas qu’elles venaient de retirer, objets étranges légers comme des plumes, noirs ou couleur champagne, épaississaient le mystère féminin qui commençait à me hanter.
Les filles au pair d'après mes souvenirs (photos Facebook)
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J’aimais bien, également, les regarder enfiler leurs bas, les mettant en boule puis les dépliant en remontant sur la cheville et la jambe et les étirant sur la cuisse pour les fixer aux jarretelles. Nous étions au début des années 1960 et personne ne portait encore de collants qui se sont popularisés avec l’apparition de la minijupe quelques mois plus tard. J’ai acquis la conviction à l’époque, devant tant de beauté, que montrer ses jambes était le privilège de la gente féminine et j’ai toujours refusé, même enfant, de montrer les miennes que ce soit en portant des shorts ou des bermudas.
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Plus grand, j’ai évolué dans un univers exclusivement masculin, dans une école de garçons d’abord, puis dans un lycée où il n’y avait pas une seule fille de mon âge avant que je ne rentre en seconde, année à partir de laquelle on y a insufflé un peu de féminité en intégrant une vingtaine de jeunes filles dans la section littéraire avec option dessin et arts plastiques. Face à deux mille garçons, la concurrence était rude. Je me suis donc recentré sur mes fantasmes et la veille permanente des courbures féminines.
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A la fin des années 1960 et au début des années 1970, c’était l’apparition des minijupes et des collants. On osait la couleur. Sans doute un peu trop… Les filles mettaient de l’orange et du marron, emblèmes chromatiques de l’époque, mais aussi du mauve, du bleu électrique, du rose tyrien. Je me souviens de la fille d’un peintre célèbre promenant, dans les couloirs du lycée, ses jambes interminables dans des collants violets de la même couleur que sa minirobe. Malgré l’agressivité de sa tenue, elle était magnifique. Elle le savait, chaloupant ses pas avec élégance et emportant sur son passage des centaines de cœurs transis, dont le mien.
(photo asos.com)
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Avec le succès du film M.A.S.H. puis de Catch 22, une étrange mode militaire est apparue. Les filles se sont mises à porter des vestes kaki et des tenues de camouflage avec de délicieux shorts en jean laissant apparaître le galbe divin de leurs cuisses. Aux pieds, elles mettaient des baskets, rarement des escarpins. Elles portaient également des sabots noirs ou blancs laissant voir la délicieuse courbure de la cheville, car c’était aussi la mode, liée à l’idée très hippie du retour à la terre.
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Les plus sensibles à la mouvance écologiste allaient jusqu’à porter une veste en peau de mouton, ce qui fait qu’elles sentaient la chèvre parfumée au patchouli.
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Les années 1970 ont été une décennie de libération tous azimuts que les personnes nées postérieurement ne peuvent pas comprendre. Tout combat de l’époque était considéré comme légitime car participant à l’intégration de la jeunesse dans toute sa diversité dans un système global de prises de décisions de la société dont elle était exclue jusque-là. C’était l’idée de faire avancer les choses, même si certaines luttes paraissent aujourd’hui discutables. Le summum de la libération est venu avec le punk, et notamment des filles qui revendiquaient ouvertement le droit de s’habiller sexy, de draguer et de boire comme un homme et de rechercher le plaisir.
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(photo Derek Ridgers)
A Paris, les Bains-Douches puis le Rose-Bonbon regorgeaient de cette nouvelle génération de jeunes bombes sexuelles exhibant leurs jambes comme des appâts et redoublant d’imagination pour les mettre en valeur. En été, elles les arboraient bien lisses, surgissant fièrement d’une tenue extravagante, à la fois chic et miséreuse. Parfois elles les drapaient de bas résille, sures de récolter une ou plusieurs victimes dans leurs filets. En hiver, elles les mettaient en valeur en les recouvrant de soie ou de nylon, reconnaissables au plissures caractéristiques au niveau de la cheville ou du genou. Le regard était alors irrémédiablement attiré par le haut des cuisses où elles laissaient savamment entrevoir un morceau de peau nue, au gré des mouvements de leur jupe. Le piège sur les hommes se refermait rapidement.
(photo Derek Ridgers)
Les filles des Bains-Douches (photos Foc Kan)
Une fête chez un particulier (photo d’illustration de Nan Goldin)
Je me souviens de quelques malheureux mâles dominants souhaitant ramener leur conquête chez eux, après une folle nuit aux Bains-Douches et se retrouvant à devoir abreuver une foule d’au moins vingt personnes venues accompagner leur égérie d’un soir, laquelle s’avérait, en fin de compte, plus chasseuse que proie. Les vagues promesses sexuelles étaient vite oubliées mais étaient remplacées par des moments uniques et intenses d’échanges et de beuveries débridées. C’était la fête.
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Au début des années 1990, les nouveaux jeunes étaient plus sages, moins conquérants, plus résignés. Chacun a commencé à vouloir évoluer dans sa bulle. Les nouvelles drogues de synthèse ont accéléré cette tendance. Les jeunes filles n’étaient plus d’humeur guerrière. Pour qu’on les laisse en paix dans la rue, dans le métro, au travail, elles ont porté des vêtements inattractifs, en particulier des espèces de collants opaques en fibre synthétique verte ou noire. On aurait dit des combinaisons spatiales.
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C’était la première guerre d’Iraq qui allait déclencher en France une montée brutale du chômage, une récession persistante et la fin de la légèreté communicative des années 1980. Les femmes ont caché leurs jambes comme leurs envies et leurs sentiments. Je me souviens qu’à Paris plus aucune d’entre elles ne portaient de jupe. Elles étaient toutes en pantalon.
Kate Moss (photo Mert & Markus)
Il a fallu attendre Kate Moss pour qu’elle réhabilite le short en jean au début des années 2000. Je lui en serai éternellement reconnaissant. Ma libido qui commençait à tourner en rond autour à la fois de fantasmes du passé et de films pornos plus récents a enfin pu retrouver sa créativité effrénée. Merci Sainte-Kate Moss!
Aujourd’hui, l’espace public est devenu le paradis du voyeur. Jeunes ou moins jeunes, les femmes exhibent leurs atouts avec fierté et provocation. On voit dans leur regard satisfait le plaisir de se dévoiler comme elles le souhaitent, cachant ou exposant leurs rondeurs ou leur gracilité au gré de leur humeur.
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J’aime les jambes effilées, j’aime les cuisses élancées et presque maigres, j’aime la fragilité de la courbure de la cheville. Mais au-delà de la beauté naturelle, ce qui m’émeut le plus, c’est la façon dont les femmes savent se mettre en scène. C’est particulièrement vrai avec leurs jambes qu’elles conditionnent avec soin, après une épilation complète et le massage avec une crème nourrissante. Ça se matérialise par le choix de la teinte de leurs bas, pour lesquels j’ai un faible pour la couleur chair. Ça se manifeste aussi par toutes les enluminures éphémères ou permanentes dont elles font usage: une chaînette de cheville, un discret tatouage sur la fesse ou sur l’aine ou, encore mieux, sur les deux.
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Lorsque je marche dans la rue, mon regard est irrésistiblement attiré par les jambes des femmes que je croise, mais ma vue de myope ne me permet pas de les apprécier lorsqu’elles sont trop loin. Dans la mesure du possible, je m’approche pour pouvoir contempler tout mon saoul. Parfois, la déception est de taille. De près, l’objet de mon désir est difforme, adipeux, sclérosé ou enlaidi par un tatouage digne d’un marin ivrogne… Quelques fois, c’est encore pire: la personne que j’avais repérée est en fait un homme. Or le corps masculin est toujours hideux: c’est plein de poils, plein de muscles ou plein de graisse, ce qui est affreux dans tous les cas… Et je repense à ma conviction profonde: montrer ses jambes doit être le privilège des femmes. Et ça devrait être interdit pour les hommes à moins qu’ils ne soient en transition pour changer de sexe. Et qu´on soit proche du résultat final.
(photos d'illustration Facebook)