Pour cette rentrée de septembre, envie de rock féminin brut et sauvage.
Envie de redécouvrir une artiste antisystème trop méconnue en France : Wendy O. Williams, la charismatique chanteuse des Plasmatics.
Les Plasmatics, c’est un groupe américain qui mélange le punk et le heavy métal. Mais c’est, avant tout, sa légendaire chanteuse Wendy O. Williams (acronyme W.O.W.) qui est devenue en une décennie de 77- 87 « La Queen du rock shock » et l’Icône du punk métal.
Le rock shock n’est pas un style musical à proprement parler, mais un concept qui fusionne rock et mise en scène théâtrale provocante, voire extrême. C’est très populaire outre atlantique, avec des costumes, des maquillages, des comportements outranciers, intégrant des éléments macabres, sexuels, subversifs et des effets spéciaux dans l’objectif de surprendre ou de choquer le public. Alice Cooper en est l’un des pionniers, Kiss et W.A.S.P suivront. Marilyn Manson en est une version contemporaine.
Wendy O. Williams et une partie des Plasmatics à Paris à une séance de dédicace avant leur concert au Palace en 1981 (photo Jeanluc Buro)
Les Plasmatics incarnent la version trash féminine, à travers sa chanteuse, dans un registre plus explosif avec des performances sulfureuses et spectaculaires, incluant une dimension sociologique, contestataire contre le sexisme et contre le consumérisme de l’Amérique de Reagan, le nouveau président aux valeurs conservatrices d’alors, à qui l’on doit l’origine du slogan Make America Great Again lors de sa campagne de 1981, repris ensuite par Donald Trump.
Wendy O. Williams, démolition girl
Dans son enfance, Wendy est une jeune fille timide et réservée, qui joue de la clarinette et se spécialise dans la danse de claquettes. Elevée par des parents très stricts, celle que rien ne prédispose à devenir une des plus sulfureuse chanteuse de la scène underground New Yorkaise, fugue à 16 ans et prend la route. Après avoir vécu une période hippie de vagabondage et exercé divers métiers, elle échoue à New York en 1977.
Wendy O. Williams à ses débuts à New York au Melody Burlesque en 1977
A la suite d’une annonce dans la presse artistique locale pour recruter une performeuse exhibitionniste dans un théâtre expérimental pour adultes avertis. Elle est engagée comme dominatrice hardcore au Captain Kink’s Sex Fantasy Theater par Rod Stevenson un artiste radical spécialisé en Art Conceptuel, producteur d’émission de sexe en direct, et auteur de plusieurs films notamment sur les Ramones, les Dead Boys, et Blondie.
De cette rencontre professionnelle -et sentimentale-, va germer l’idée du groupe des Plasmatics. Dès ses débuts Wendy a révélé son potentiel car elle possède une énergie électrique impressionnante. Mais c’est Rod Swenson qui créée, baptise et bâtit les Plasmatics autour de Wendy. Et c’est lui qui recrute ses musiciens et gère tout dans les moindres détails, de la conception à la réalisation, en prenant soin de conserver l’esthétique subversive insufflée par Wendy. En tout, plus de 15 musiciens se relayeront au sein de la formation.
Tournée des Plasmatics en 1980
Leur premier concert a eu lieu au mythique club CBGB temple du punk et de la new wave à
New York en juillet 1978. Le bouche-à-oreille est tel que le CBGB se met à les programmer pour des séries de quatre soirs consécutifs. Leur succès devient rapidement trop important pour la salle.
Dès lors, les Plasmatics vont miser énormément sur la scène. Le public vient autant pour le spectacle que pour la musique. Il veut voir Wendy, durant ses shows, scier une guitare en deux à la tronçonneuse, tirer au fusil à pompe, démolir à la masse ou faire exploser des téléviseurs, des Chevrolet ou des Cadillac.
Des cordons gigantesques de sécurité de policiers et de pompiers sont déployés lors des performances, car le danger est bien réel.
Un critique a écrit qu’il avait eu « peur de mourir pendant le concert au Palladium de New York ». Les Plasmatics s'imposent d’ailleurs comme le premier groupe sans maison de disques à y tenir la tête d'affiche. L'ascension est fulgurante. Certains spectateurs viennent aussi pour admirer la tenue de scène de Wendy, composée de mousse à raser badigeonnée sur la poitrine, de pinces à linge ou de rubans adhésifs sur les seins, et d'un string en cuir clouté. Wendy joue sur scène de multiples rôles : maitresse sado-maso, écolière perverse ou guerrière de l’apocalypse.
Pochette du 1er album "New Hope for the Wretched" en 1980
Il y a aussi Richie Stotts, le guitariste d'un mètre quatre-vingt-dix-huit. Pour rivaliser avec sa chanteuse à la personnalité outrancière, il n'hésite pas à se travestir en danseuse en tutu, en mariée en porte-jarretelles ou en soubrette, coiffé d’une crête iroquoise bleu.
Sur le plan musical, les Plasmatics mêlent punk et metal. À l'époque, ces deux scènes se méprisaient, mais toutes deux ont adopté le groupe. Le premier single des Plasmatics, « Butcher Baby », sort le 14 mars 1979. Salué par la presse underground comme un brûlot punk primitif sonore, porté par l’énergie hors norme de Wendy.
On la retrouve également dans le film pour adultes de Gail Palmer, Candy Goes to Hollywood (1979), sous le nom de Wendy Williams. Elle y joue son propre rôle et sa performance consiste à projeter des boules de ping-pong avec son sexe.
Les Plasmatics jouent à guichets fermés partout où ils passent. Peu importe ce que le public vient chercher, de l'art ou de la pure provocation, il répond présent. Leur intervention dans l'émission de télévision Fridays et au Saturday Night Live a marqué les esprits. C’est la première fois que de nombreux téléspectateurs voient un groupe punk. Williams a d’ailleurs été la première femme à arborer une crête iroquoise à la télévision. Son apparence scandalise et effraye beaucoup de gens. Son authenticité radicale lui permet également de conquérir un vaste public féminin. Elle assume sa sexualité sans se réduire à un simple objet, et, de ce fait, incarne une rare figure d'émancipation féministe dans le monde viril du punk métal. Elle même se définit comme une « nymphomane marginale et exhibitionniste incurable ». On dit qu'elle a « expérimenté la drogue et le sexe effréné » durant son adolescence (bien qu'à un certain stade de sa vie, entre 1979 et le début des années 1980, elle soit devenue totalement abstinente selon les termes de son compagnon Rod Swenson.
Plasmatics en 1981 (photo Rocky W. Widner)
Plasmatics en 1983 (photo: Al Rendon)
En dehors de la scène, Williams est une végétarienne convaincue et n’utilise pas de produits de beauté provenant d’entreprises pratiquant des tests sur les animaux. Elle ne fume pas, ne boit pas d’alcool, loin de l’image chaotique et d’excès qu’elle représente artistiquement.
La saga de Wendy O Williams - Arrestation et démêlés judiciaires
En 1981 la situation dégénère lors d'une tournée à Milwaukee. À l’issue d’une représentation au cours de laquelle, selon un critique du Milwaukee Journal, Wendy aurait effectué des « gestes à caractère sexuel », elle est interpellée pour obscénité et arrêtée. Elle et ses musiciens subissent des violences lors de l'arrestation ce que contestent les autorités. Cependant, un photographe dispose de clichés montrant la police en train de frapper Wendy, des images corroborées par des témoins oculaires.
Arrestation en 1981 après un concert à Milwaukee
Dans ce contexte, Il ne faut que trois heures au jury pour déclarer Wendy et son compagnon non coupables. Bien qu'ils aient été blanchis de tout reproche, l'incident a des répercussions durables sur les Plasmatics, tant sur le plan financier que pour leurs engagements futurs.
Les accusations d'obscénité à Milwaukee, leur arrestation et leur réputation sulfureuse, suscitent d'immenses controverses, en particulier dans l'Amérique profonde, et incitent de nombreux organisateurs à refuser de programmer le groupe, notamment lorsqu’ils subissent des pressions de la part des communautés locales.
Wendy, dans l'une de ses trop rares interviews, reconnaît que le groupe, par sa musique, vise une confrontation agressive.
Le deuxième album, Coup d'Etat sort en 1982 sur un label prestigieux, Capitol Records mais la maison de disques finit par s'opposer à sa promotion ainsi qu’à celle de la tournée associée, et se sépare du groupe brutalement.
Les Plasmatics annoncent publiquement une pause, mais ses membres savent que c'est la fin de l’aventure.
1984-1986 : carrière solo et virage musical
Wendy O. Williams a également mené une carrière solo ou elle pouvait mettre en valeur ses capacités vocales. En 1984 elle sort son premier album, un hard rock traditionnel, W.O.W., produit par Gene Simmons cofondateur et bassiste du groupe Kiss puis un deuxième, Kommander of Kaos. En 1985, encore au sommet de sa popularité en tant qu'artiste solo, elle est nommée pour un Grammy Award dans la catégorie « Meilleure performance vocale rock féminine ». Mais c’est Tina Turner qui rafle la récompense.
Wendy et Lemmy
Elle enregistre ensuite un duo sur le succès country Stand by Your Man avec Lemmy Kilmister, du groupe Motörhead qui a toujours exprimé une profonde admiration pour elle.
Les Plasmatics sortent un dernier album, Maggots: The Record sur leur propre label, en 1987. L'œuvre a été qualifiée par la critique de premier opéra-rock trash métal mais ne génère que peu de vente. Et l'intérêt du grand public n’est pas au rendez-vous. C'est un récit d'horreur et de science-fiction se déroulant dans un monde post-apocalyptique envahi par des asticots radioactifs géants et mutants qui dévorent les humains, avec un message moralisateur sur la catastrophe environnementale pour justifier la destruction finale de la société de consommation.
Personnellement, je le recommanderais aux fans d'horreur kitch et à tous ceux qui cherchent une représentation féminine dans le heavy métal.
Les Plasmatics jouissent toujours d'une base de fans fidèles, mais faute de salles où se produire et du soutien d'une maison de disques, le moment fatidique arrive et le groupe se sépare définitivement.
Le Consuler Guide Data Base
Un journaliste de rock influant, Robert Christgau, couvre Wendy d'insultes répugnantes dans son Consumer Guide DB : « elle ferait mieux de se mettre à chanter avec ses lèvres génitales. Non seulement elle est incapable de chanter, mais elle ne sait même pas gueuler ».
Wendy percevait l'industrie musicale comme superficielle et fondée sur l'exploitation des artistes. Elle avait toujours refusé de se plier aux codes sexistes de la féminité traditionnelle. Elle abordait la quarantaine dans l'ambiance misogyne du monde du rock métal dominé par les hommes. Elle devait affronter la censure. Ses combats contre ses détracteurs étaient épuisants. Tout cela s'ajoutait au malaise croissant qu'elle éprouvait face à sa propre marchandisation et à la mécanique de la célébrité.
Elle s’est alors retirée de la scène médiatique.
Wendy et Rod Swenson s’installent dans une zone rurale du Connecticut et y font construire une maison en forme de dôme géodésique.
Dans un même temps, elle fait la promotion du végétarisme au sein d'une coopérative alimentaire, devient bénévole dans un refuge d'animaux et vendeuse dans un magasin de produits naturels. Mais elle a conscience d'avoir beaucoup de difficultés à s'habituer à cette nouvelle vie tranquille, après une existence de bruit et de fureur. Elle se sent en perpétuel décalage. Elle déclare avoir vécu tout ce qu'elle souhaitait dans la vie et éprouver désormais un sentiment de vide, d'isolement et une impression d'avoir accompli son parcours.
Wendy a tenté de mettre fin à ses jours en 1993 et en 1997. Le 6 Avril 1998, c’est dans une clairière, au milieu d'une forêt, que le corps de la rockeuse est découvert. Autour de son visage un lit de coques de noix. Wendy adorait les écureuils et passait de longues heures dans les bois à nourrir les rongeurs. Elle est décédée d'une blessure par balle qu'elle s'est infligée elle-même. Selon Rod Swenson, Wendy traversait une période de profonde détresse depuis quelques années. Elle avait 48 ans.
Descendance et héritage
Wendy O. Williams a reçu une reconnaissance posthume comme pionnière pour les femmes sur la scène punk et métal. Son héritage se perpétue à travers des groupes comme les australiens d’Amyl and The Sniffers avec sa chanteuse Amy Taylor aussi inflammable et percutante que celle dont elle revendique l’influence.
Article dans la presse américaine sur la mort de Wendy O. Williams
Amyl and the Sniffers