Longtemps, je me suis réfugié à Bruxelles, loin du stress permanent parisien. J’y avais même loué un appartement pendant des années à Saint-Gilles, à côté de la place Stéphanie et de l’avenue Louise. Et puis des aléas funestes et le mauvais sort m’ont irrémédiablement éloigné de cette ville où se sont accumulés des souvenirs détestables.
J’y suis de retour pour la première fois depuis des années. Dans le train qui m’amène, je repense à tous les lieux qui m’ont enchanté et aux joies formidables que j’y ai connues. Mais je ne peux effacer de ma mémoire les drames que j’y ai vécu, de mon dernier séjour où j’ai failli laisser ma peau et de ceux qui ont précédé avec le sinistre décès de proches et la lente descente de ma compagne dans l’enfer de la dépression, de l’alcool et de la drogue. Les plaies sont encore ouvertes.
L´arrivée à la gare du Midi à Bruxelles (photo 21News)
Pourtant, lorsque je descends du train, une étrange sensation de bien-être m’envahit, comme lorsque je débarquais chaque semaine, du temps des jours heureux. Je retrouve machinalement mes habitudes. Je passe devant le chocolatier de la gare qui s’est modernisé et devant la parfumerie dont la caisse a été déplacée. Je retrouve le comptoir du métro où on m’annonce que les vieilles cartes de transport que j’ai amenées avec moi sont obsolètes depuis longtemps. J’achète des tickets. Je descends sur le quai. Ça y est, me voilà dans la ville.
L´Atomium (photo: Get Your Guide)
Une terrasse à Schaerbeek (photo: A.-L. Chevallier)
L´Abbaye de la Cambre (photo: A.-L. Chevallier)
Les différentes communes de "Bruxelles-Capitale", avec en rouge, la ville de Bruxelles en 1830 (source: URBIS PRAT, cartographie: ULB IGEAT)
Bruxelles, c’est Paris avant Haussmann. Il y a des communes de banlieue en plein centre, bien plus citadines que certains quartiers pourtant administrativement bruxellois mais en périphérie de l’agglomération. C’est le cas d’Ixelles, coupée en deux par une excroissance de Bruxelles, sorte de bande autour de l’avenue Louise qui s’étend jusqu’au bois de la Cambre. C’est vrai aussi pour Schaerbeek ou Molenbeek qu’on doit traverser pour arriver à l’Atomium situé sur un territoire excentré de Bruxelles. C’est également le cas de Saint-Josse-Ten-Noode amputé de la moitié de son territoire que Bruxelles a racheté à la faveur d’une quasi-faillite de la commune pour constituer, avec Etterbeek le centre névralgique de l’administration de la Commission Européenne et de son Parlement. Et bien sûr, c’est le cas de Saint-Gilles et d’une partie d’Anderlecht.
La forme biscornue de la ville n’est pas un hasard. Elle est due à l’accroissement très rapide de sa population qui est passée de 100 000 habitants au moment de la création de la Belgique en 1830 à 700 000, soixante ans plus tard, à l’apogée de sa splendeur. Elle est aussi à l’image du mode de pensée bruxellois à la fois nonchalant, pragmatique et imprévisible. Car les différences culturelles avec la France sont bien plus profondes qu’on ne pourrait le croire, vu de Paris.
Petite affiche d´un résident excédé de ramasser les canettes vides sur son rebord de fenêtre. Ça reste bonhomme... (photo: A.-L. Chevallier)
Ce qui frappe d’abord c’est la bienveillance et la bonhommie des bruxellois. Lorsqu’on regarde, en pleine rue, un plan pour se situer, il n’est pas rare qu’un passant ou une passante s’arrête spontanément pour indiquer son chemin. Au restaurant, un client inconnu à une table voisine peut souhaiter bon appétit sans que cela paraisse incongru. On peut se faire aborder gentiment pour savoir où on a acheté un vêtement qu’on porte ou pourquoi on a un parapluie alors qu’il ne pleut pas. Les mendiants prennent soin de dire bonjour quand ils accostent quelqu’un et n’hésitent pas à lui faire un compliment avant de demander de l’argent. Même lorsqu’il y a matière à conflit, les propos restent globalement beaucoup plus mesurés qu’en France.
Dans la rue, les comportements sont également plus urbains et plus respectueux des règles. Les piétons ne traversent pas la voie lorsque le feu est vert, même s’il n’y a aucun véhicule à l’horizon. Les voitures -et même les vélos- s’arrêtent systématiquement pour laisser les passants traverser aux passages cloutés.
Campagne de sensibilisation (efficace) pour que les piétons s´arrêtent au feu rouge quand ça n´est pas à eux de traverser (photo: l´Avenir)
Globalement, les belges sont assez légalistes, avec des lois assez proches du droit français, mais moins nombreuses, plus directes et plus permissives. Pour mémoire, hormis à la libération du joug nazi, la peine de mort n’était pratiquement plus appliquée depuis 1865, date de l’accession au trône de Léopold II qui y était farouchement opposé, alors qu’elle a continué à exister en France jusqu’en 1981. Sur des sujets sociétaux plus actuels, la législation sur la drogue est beaucoup plus indulgente que dans l’hexagone et la prostitution est entièrement décriminalisée depuis juin 2022.
Dans ce contexte, la police considère que son rôle premier, c’est de rassurer la population et pas d’inspirer la crainte, comme c’est souvent le cas en France. A titre d’illustration, je me souviens qu’après l’attentat du Bataclan, en novembre 2015, les policiers du RAID ont donné l’assaut de façon spectaculaire aux terroristes réfugiés dans un appartement de Saint-Denis. Ils ont tiré plus de 1500 cartouches, tenté sans succès de faire exploser la porte d’entrée et ont fini par détruire une bonne partie de l’immeuble au terme de sept heures d’intervention. Pour l’arrestation de Salah Abdeslam, autre comparse ayant fui à Bruxelles, la police belge l’a poursuivi sur les toits d’un immeuble où il se cachait, l’interpellant vivant après lui avoir simplement tiré dans ses jambes.
Les bruxellois d´origine étrangère (source: Statbel & IBSA, paru dans la DH)
Une autre caractéristique de Bruxelles, c’est son côté cosmopolite. C’est assez normal, puisque c’est une capitale, celle de la Belgique. C’est aussi la capitale de l’Europe et ses habitants n’en sont pas peu fiers. Ils rappellent à tous les français et à tous les allemands qu’ils croisent qu’ils devraient considérer leur ville aussi comme leur propre capitale. Ça n’est pas faux. De fait, on trouve une importante population étrangère liée aux ambassades auprès de la Belgique, aux représentations auprès de la Commission européenne et aux lobbies auprès du Parlement européen. Ces activités sont d’ailleurs l’un des principaux moteurs de l’économie bruxelloise qui a dû faire face à une désindustrialisation phénoménale ces dernières années.
Mais la véritable raison du cosmopolitisme de Bruxelles vient surtout de la façon dont la ville s’est constituée. Ce n’est pas une activité sexuelle débordante qui lui a permis de passer de 100 000 à 700 000 habitants au XIXème, mais des vagues d’immigrations successives, de français, d’allemands, de polonais, de congolais, de slaves, de marocains ou de turcs. Aujourd’hui une écrasante majorité des belges et la quasi-totalité des bruxellois ont au moins une ascendance étrangère.
Affiche de soutien aux migrants et en faveur de leur logement en 2010 (source: Fébul)
Les migrants sont, encore aujourd’hui, bienvenus et assimilés selon des principes à l’anglo-saxonne, s’appuyant sur la prise en charge des nouveaux arrivants par les personnes de même origine arrivées précédemment. C’est du pur communautarisme. Pour ma part, je reste très attaché à l’intégration à la française où on demande une acculturation poussée des nouveaux venus aux us et coutumes du pays d’accueil, mais force est de constater que le système mis en place au Royaume Uni ou aux Etats-Unis ne fonctionne pas si mal. En Belgique, en tout cas, il aboutit à un respect assez scrupuleux des lois (moins contraignantes qu’en France, il est vrai) de la part de tous, y compris des immigrés. Je me souviens, il y a une quinzaine d’années, d’avoir vu, semaine après semaine, d’immenses affiches sur un immeuble désaffecté près de la gare du Nord réclamant la nationalité belge pour un groupe de clandestins qui occupait les lieux. Au bout de deux mois, elles avaient été remplacées par de nouvelles disant : « Merci à la Belgique de nous avoir naturalisés. Nous ne l’oublierons jamais ».
L’intégration des immigrés se fait de façon aussi efficace en Flandre, à une nuance près, qui constitue un véritable obstacle pour beaucoup, c’est qu’on doit impérativement y parler le flamand, qui est au néerlandais ce que le québécois est au français, le néerlandais étant lui-même une langue peu parlée, à mi-chemin entre l’allemand et l’anglais cumulant les difficultés des deux. La question de la langue est centrale en Belgique, comme dans tous les pays multilingues. Elle l’est encore plus à Bruxelles, enclave très majoritairement francophone en pays flamand où les deux communautés ennemies communiquent ensemble généralement en anglais.
Pourcentage des bruxellois parlant chacune des principales langues utilisées dans la capitale (source: RTL Info, journal du 17 mai 2026)
La différence entre wallons et flamands n’est pas seulement linguistique, elle est profondément culturelle. La Flandre a opté comme la Wallonie, toutes deux très majoritairement catholiques, pour la sécession du Royaume des Pays Bas en 1830. Ce fut la première zone d’Europe continentale à connaitre les bouleversements de la révolution industrielle, notamment concernant le textile et la transformation des aliments, mais avec une grave récession à partir de 1840. La population s’est alors recentrée sur l’agriculture, mais celle-ci a connu une importante crise dès 1845 avec l’apparition d’une maladie inconnue jusqu’alors affectant la culture de la pomme de terre. Pendant un siècle, jusqu’à l’implantation de nouvelles industries notamment pétrolières, la Flandre a connu une économie de survie, pendant que la Wallonie s’enrichissait grâce à la sidérurgie, la métallurgie, l’industrie textile et l’extraction du charbon, et que Bruxelles devenait le centre financier et commercial de toutes ces activités.
une francophone et une néerlandophone en train de communiquer grace à un traducteur instantanné (photo d'illustration Facebook)
La propriété terrienne reste profondément enracinée chez les flamands, alors que ce qui subsiste de ce passé chez les wallons et les bruxellois, c’est une conscience ouvrière particulièrement vive, qui n’existe plus en France. Et qui n’existait d’ailleurs déjà plus au sein du Parti Communiste Français du temps de Georges Marchais... J’avais été surpris, il y a quelques années par la véhémence antibourgeoise d’un conférencier belge qui faisait visiter la maison Cauchie, chef d’œuvre de l’Art Nouveau tout en sgraffites à Etterbeek. Je me souviens également du tableau phare de Charles Hermans, intitulé « A l’aube », à l’entrée de la salle consacrée au XIXème siècle du Musée Royal des Beaux-Arts et qui montre des travailleurs miséreux écrasés par l’opulence de personnes fortunées sortant d’une fête au petit matin. Pendant mon séjour, j’ai regardé une émission sur « la une », la première chaine belge, où après un documentaire très intéressant sur une catastrophe dans une mine dans les années 1950 (intitulé « Les inconnus du bois du Cazier »), un comédien descendant de mineur immigré italien a longuement monologué sur les turpitudes des ancêtres de l’équivalent belge de Bernard Arnaud ou de Vincent Bolloré.
"A l´aube" de Charles Hermans (photo: Musée Royal des Beaux-Arts)
Cela se traduit, d’un point de vue politique, par la prédominance, en Flandre, du N-VA dont les positions sont très proches de celles du RN tendance Bardella (22% d’intentions de vote d’après un sondage IPSOS réalisé entre le 1er et le 9 juin 2026), et du VB (26%), encore plus à droite, qui réunit notamment les nostalgiques du nazisme. En Wallonie, la gauche est majoritaire avec un Parti Socialiste belge (29%) qui ressemble au Parti Socialiste français lorsque Jean-Luc Mélenchon en faisait encore partie et qui globalement serait assez proche de LFI, sans ses excès verbaux ni ses discourtoisies, le Parti du Travail Belge, fondé dans les années 1970 par des maoïstes et dont les positions correspondent en France à celles du NPA (17%), et les écologistes (8%). A Bruxelles, le PTB est à 25% suivi du PS à 18% et du MR (centre-droit) à 14%. Pour schématiser, la Belgique est un pays où la Flandre vote pour l’extrême droite et la Wallonie pour l’équivalent du NPA et de LFI.
Le musée Magritte, à coté des Musées Royaux des Beaux-Arts, à gauche (photo: TripAdvisor)
La Belgique, et particulièrement Bruxelles, c’est aussi la patrie des Arts. Il ne faut en aucun cas rater les Musées Royaux des Beaux-Arts ni le musée Magritte, juste à côté. En déambulant dans les rues, on voit également d’innombrables hommages à la Bande Dessinée, avec des murs entiers d’immeuble reprenant les dessins des albums les plus célèbres, qu’il s’agisse de Tintin, des Schtroumpfs, de Blake et Mortimer, de Lucky Luke, de Spirou... Bruxelles a également été l’un des épicentres du mouvement artistique CoBrA (Copenhague-Bruxelles-Amsterdam) qui touche à la fois la peinture et l’écriture. D’un point de vue musical, la ville propose aussi de nombreux concerts de rock ou de techno de groupes ou d’artistes internationaux en passe de devenir célèbres. Les Nuits du Botanique au mois de mai sont toujours intéressantes.
Détail d'une fresque sur toute une façade consacrée à la bande dessinée Caroline Baldwin (photo: A.-L. Chevallier)
Le Botanique et le jardin du Botanique à Saint-Josse-ten-Noode (photo: Visit Brussels)
Détail de la fresque Tintin à la gare du Midi (photo: Vivre à Bruxelles)
Mais ce qui donne à la ville tout son charme, ce sont ses maisons et ses bistrots Art Nouveau. Comme l’a écrit plus tard l’historien d’art Mario Praz, ce mouvement artistique est apparu comme une « déflagration », une « explosion de la jeunesse ». C’est une sorte de table rase que l’on a fait du passé comme plus tard chez les dadaïstes et plus récemment chez les punks, pour faire émerger un nouveau monde où rêves et réalité s’imbriquent à l’infini dans des courbures sensuelles et troublantes. Apparaissent à tous les coins de rues des maisons fantasmées, avec des matériaux et des effets nouveaux comme le métal, le sgraffite (technique qui consiste à mettre sur un mur une couche colorée sur une couche noire et de creuser dans la couche colorée pour faire apparaitre des dessins), la céramique, le verre travaillé... A la fin du XIXème siècle, « du temps où Bruxelles rêvait », comme le chantait Jacques Brel, les bourgeois qui venaient de faire fortune -dont un nombre important d’immigrés ou de fils d’immigrés- aimaient étaler leur réussite avec des habitations sorties de nulle part et évoquant leurs souvenirs, leurs origines, leurs aspirations, leurs valeurs, leurs désirs et même leurs plaisirs.
Maison Cauchie à Etterbeek (photo Maison Cauchie/Visit Brussels)
Intérieur de la Maison Cauchie, avec également des ornements muraux en sgraffite (photo: L’Echo)
Maison Saint-Cyr, square Ambiorix (photo: Maison Saint-Cyr/Visit Brussels)
Exemple d´intérieur de bel-étage d´une maison bruxelloise, ici découpée en appartement avec mezzanine (photo A.-L. Chevallier)
Les maisons étaient bâties sur des parcelles agricoles, longues et étroites, avec une façade de cinq à huit mètres et une profondeur d’une quinzaine de mètres donnant sur un jardinet occupant le reste de la parcelle. Au « bel-étage », situé à un demi-niveau au-dessus de la rue, on trouve, dans l’écrasante majorité des cas, trois pièces en enfilade et communiquant largement entre elles, dont celle du milieu est aveugle : ce sont les salles d’apparat, où on reçoit et où on dine, les cuisines et les logements des domestiques étant situés à l’étage en-dessous, à demi enterré. La hauteur sous plafond du bel étage est généralement de quatre à cinq mètres pour que les fenêtres sur cour et sur rue puissent éclairer le salon du milieu. Aux étages supérieurs, ce sont les chambres avec, à chaque demi-étage, un cabinet de toilette. Un soin particulier est apporté à la décoration de l’escalier et du bel étage, avec des matériaux clinquants et des boiseries aux motifs insolites.
De nos jours ces maisons traditionnelles ont, pour la plupart, été découpées en appartements, à moins qu’elles n’aient été transformées en siège d’entreprise ou en ambassade.
Chaussée de Charleroi à Saint-Gilles (photo: A.-L. Chevallier)
Avenue des Klauwaerts à Ixelles (photo: A.-L. Chevallier)
Rue Capouillet à Saint-Gilles (photo: A.-L. Chevallier)
Avenue Louis Bertrand (photo A.-L. Chevallier)
Les constructions Art Nouveau sont nombreuses et présentes dans tous les quartiers, dans un urbanisme parfois anarchique avec aussi d’affreux buildings des années 1960, des monuments du Moyen Age et des bâtiments brutalistes d’habitation à bas prix. L’une des rues les plus résidentielles, l’avenue Louis Bertrand, se trouve à Schaerbeek, pas très loin de la rue du Brabant, le grand souk turco-marocain de Bruxelles et de la rue d’Aerschot, où les prostituées travaillent en vitrine, un peu comme si, à Paris, l’avenue Foch était desservie par la station de métro Barbès-Rochechouart.
Toutes ces maisons féériques donnent une atmosphère joviale et encouragent aux incongruités. Les bistrots, nombreux, aux volutes alcooliques incrustées dans les murs aux arabesques impressionnantes, entretiennent les chimères individuelles et collectives. Alors que je déjeune en terrasse, une très jolie jeune femme explique à un groupe d’amis à une table voisine que lorsqu’elle est invitée quelque part, elle part en vrille sans pouvoir se contrôler sous l’effet de « l’excitation sociale ». En passant rue Haute, un noir m’accoste dans la rue pour me complimenter sur ma tenue et pour me dire qu’il est le patron du restaurant devant lequel nous nous trouvons et qu’il y propose de la cuisine inspirée des plats traditionnels africains et indonésiens. Voilà une association à laquelle je ne m’attendais pas. Je surprends une conversation dans la rue entre une magnifique jeune fille très sexy en short et un garçon qui visiblement essaie de la draguer et elle lui explique, sans que j’arrive à comprendre comment la conversation en est arrivée là, qu’elle a besoin impérativement d’aller faire caca au moins cinq fois par jour. Plus loin, je tombe sur une affiche pour une librairie qui ne présente que des bouteilles pour l'apéritif...
Cette jeune femme est-elle en pleine excitation sociale ? (photo Facebook d’illustration)
Les inscriptions sauvages sur les murs bruxellois sont inattendues (photo: A.-L. Chevallier)
Le parc Faider est invisible depuis la rue. On y accède par une entrée d´immeuble privé et anonyme (photo: A.-L. Chevallier)
Etrange affiche publicitaire pour une librairie (photo: A.-L. Chevallier)
A gauche, un client attend sa coiffeuse qui, à droite, prépare une boisson dans son café avant de la servir (photo: A.-L. Chevallier)
Près de la place Ambiorix je m’arrête à un café où la serveuse, sitôt qu’elle m’a donné ma boisson, s’en va dans une salle contigüe couper les cheveux d’un client car elle exerce en même temps le métier de coiffeuse. Un peu plus loin, à Saint-Josse-ten-Noode, je passe devant un autre salon de coiffure assez chic dont l’entrée est commune avec un magasin d’alimentation polonais plutôt bas de gamme. Poussé par une envie pressante, je vais aux toilettes de la gare du Nord et j’entends, sitôt que j’ai fermé la porte sur laquelle est affichée sur toute la surface -on ne sait pourquoi- une photo de cosmonaute, des bruits de forêt vierge amazonienne. Sur le mur la pensée ci-dessous est affichée et me laisse pantois. A la fête foraine de fin d’été du boulevard du Midi, je demande un hot-dog et on me donne sa variante belge : un sandwich à la choucroute. Je passe au marché de la place Flagey où je découvre un stand où un vieux belge propose du jus de canne pressé sur place, alors que c’est une boisson devenue introuvable, même aux Antilles, depuis plus de cinquante ans. André Breton était à sa recherche en permanence : c’est le merveilleux dans le quotidien.
Rencontre avec un cosmonaute dans les toilettes de la gare du Nord (photo: A.-L. Chevallier)
Matière à réflexion dans les toilettes de la gare du Nord (photo: A.-L. Chevallier)
Du jus de canne à sucre place Flagey à Ixelles (photo: A.-L. Chevallier)
Je traîne ma solitude sur les ruines de mon passé. Je déambule, anesthésié, de rues pleines de souvenirs en quartiers évocateurs de drames et d’impuissance. Je me déplace comme dans un cadavre exquis où mes pas m’attirent de réminiscences heureuses en détails sordides. Je me surprends à rêver aux mêmes aspirations que celles qui m’animaient il y a des années. Je vois défiler ma vie comme un long collage surréaliste. Pour parler de l’esprit très particulier qui règne ici, on parle souvent de belgitude. Je suis au-delà. Je nage -ou me noie- en pleine bruxellitude.
La Grand Place (photo: Visit Brussels)
On ne peut pas parler de Bruxelles sans montrer le Manneken Pis (photo: Visit Brussels)