C’est un triste mardi pluvieux du début du mois de février à Paris. L’hiver a endormi les esprits et l’actualité pourtant manipulée de façon de plus en plus visiblement malsaine ne laisse plus que s’exprimer les hystéries verbales les plus aberrantes. Les mots n’ont plus de sens et finissent par désigner leur exact contraire. On ne demande plus aux gens de réfléchir, on préfère exacerber leurs plus bas instincts. Le rejet de l’autre est hissé au rang d’objectif ultime. L’indignation a pris le pouvoir sur la raison.
Je vais me changer les idées en allant à des vernissages. Mais les festivités sont rares en ce début d’année glaciale. Je repère une galerie que je ne connais pas, rue de Sévigné. C’est là qu’expose Pierre Rioufol, sous le titre plein de mystères « Clairières dans le ciel ».
Je foule le goudron humide et luisant, alors que la nuit est tombée. Le lieu est au fond d’une cour, illuminé, comme un bout du tunnel inespéré. À côté de mes camarades férus de cérémonies diverses, venus en nombre, je découvre une foule de jeunes gens chics. Je me sens comme transporté dans les années 1980, où je fréquentais déjà les vernissages pour y distribuer des invitations pour mes discothèques aux personnes les plus incroyables et aux jeunes filles, toutes délicieuses. Enfin un peu de bonheur.
Je regarde les œuvres accrochées aux murs. Ce sont de vastes toiles représentant des paysages champêtres dont beaucoup sont en feu. Lorsque ce ne sont pas les champs ou les bois qui flambent, c’est le ciel qui s’embrase. Les compositions sont magnifiques. C’est comme si les flammes purifiaient l’espace et qu’elles n’apportaient qu’un chaos apparent, sublimé par la beauté éphémère des matériaux incandescents. Chaque foyer correspond-il à une passion qui nous enflamme ? Est-ce une allégorie de notre monde actuel ? Faut-il annihiler le présent pour revenir au paradis perdu ?
Moi aussi, je suis en perpétuelle recherche du temps déjà englué dans l’oubli. Par dépit, je me dis que la seule solution c’est finalement de profiter de chaque seconde, de la façon la plus intense, et de la laisser brûler le plus voluptueusement possible, sachant qu’elle ne reviendra plus.
L’artiste est jovial et élégant. Il vient à la rencontre de chaque personne présente. Nous discutons un peu. Je lui demande s’il a été influencé par un air de Niagara auquel ses œuvres associées à l’ambiance très « années 1980 » me font irrémédiablement penser, « Pendant que les champs brûlent ». Cela fait partie de ses fragments de mémoire qui le poussent à peindre, en partant de ses souvenirs et en les embellissant. Mais il s’est aussi inspiré du livre de Francis James dont le titre a donné son nom à l’exposition.
Je retourne à la contemplation de ses tableaux. Certains me rappellent dans leur austérité grandiose les œuvres de Jean-Christophe Ditróy, que j’apprécie également beaucoup et dont j’ai déjà parlé dans l’une de mes chroniques sur nudeoexpo.art 👉. Ce ne sont que mes associations d’idées, car en réalité, chaque inspiration et donc chaque composition est unique.
J’aime particulièrement l’œuvre montrant un champ fraichement labouré en feu et dont la fumée grise vient contrarier le bleu estival du ciel. C’est, pour moi, la revanche de la marginalité dévastatrice -à laquelle, en qualité d’ancien punk, je continue à m’identifier- sur une bienséance trop figée. Comme le disait André Breton, la beauté sera convulsive ou ne sera pas.
Je regarde les paysages qui se consument, laissant la place à de nouveaux rêves et de nouvelles utopies. Au milieu d’un monde qui sombre, « Clairières dans le ciel » est une note d’espoir.
L´exposition dure très peu de temps car la galerie est éphémère mais il est possible de retrouver les œuvres de Pierre Rioufol, artiste aux multiples talents et de prendre contact avec lui sur son site 👉 https://www.pierre-rioufol.com