J’ai toujours aimé voyager. J’aime découvrir de nouvelles contrées, des paysages inédits, des climats, si possible, plus cléments, des cultures différentes. Lorsque je suis à l’étranger, j’aime aller à la rencontre des habitants, manger la même cuisine, et déambuler dans les rues au même rythme qu’eux. On ne connait bien une ville qu’en la visitant à pied. Et lorsque je suis hors de France, je ne rechigne pas à marcher plusieurs dizaines de kilomètres par jour.
J’ai finalement visité pas mal d’endroits, en Amérique Latine, en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique... Mais c’est comme un addiction : plus je voyage et plus j’ai envie de découvrir de nouvelles choses.
Je rêve d’aller au Japon, de visiter Tokyo et son quartier chaud, Kabukicho, de passer par Kyoto et ses temples ou Osaka et son château. J’aimerais aussi découvrir Moscou et ses monuments majestueux, le Kremlin, les monastères Androkinov et Danilov, le couvent Novodietvitchi. Et si possible, rencontrer de jolies moscovites, aussi belles que dans mes fantasmes. Hélas, en ces temps troublés, il ne me semble pas que ce soit la destination la plus aisée à visiter même si, d’après les informations dont je dispose, la capitale russe est peu impactée par la guerre, les sanctions occidentales y étant peu efficientes, les bombardements quasi inexistants et la mortalité liée aux combats très limitée puisque l’armée russe recrute l’essentiel de ses soldats parmi les très nombreuses minorités ethniques du pays.
Fantasme moscovite...
Un autre pays me semble inaccessible depuis des années et risque de l’être encore pour longtemps, c’est l’Iran. Lorsque le pouvoir politique est soumis à la religion, cela a toujours conduit à des désastres, que ce soit en Arabie Saoudite, en Israël, à un moindre degré en Inde, avec Narendra Modi. Ou bien sûr, en Iran. La férocité de la répression des manifestations actuelles est épouvantable. L’action éventuelle des Etats-Unis, anciens colonisateurs qui pillaient les richesses du pays du temps du non moins sanguinaire Shah d’Iran ne pourra, à mon avis, que semer encore un peu plus de chaos dans un pays profondément divisé et vigoureusement hostile aux envahisseurs d’hier qui n’ont eu de cesse, depuis qu’ils en ont été chassés, de saboter l’économie du territoire et de le menacer militairement.
Pourtant, l’Iran, c’est l’un des berceaux de notre civilisation. C’est le macédonien Alexandre le Grand, un peu plus de trois siècles avant Jésus-Christ, qui a conquis un immense territoire au Moyen-Orient et a ainsi fondé l’empire perse qui s’étendait alors de l’actuelle Serbie à l’Inde, en passant par l’Egypte, la Turquie, l’Iraq, l’Afghanistan et le Pakistan.
Après sa mort, se sont succédés les séleucides puis les parthes, peuple cavalier venu de la région à l’est de la mer Caspienne, qui a repris à son compte la notion d’empire perse pendant cinq siècles, même si le territoire qu’il occupait s’était réduit. Les parthes étaient donc les frontaliers à l’est de l’empire romain. C’est sous leur règne qu’est apparu le terme d’Aryan pour désigner le pays qui a donné par la suite le nom d’Iran et l’adjectif « aryen » qui -à l’origine- voulait dire « noble ».
C’est au troisième siècle, que l’empire des Sassanides, fondé par un noble perse se substitue à l’empire parthe. Au cours des siècles suivants, l’immense territoire fait l’objet -comme la plupart des pays d’Europe- d’invasions diverses : les Huns, les Avars, les Khazars, les Onoghours, les Alains, les Turcs. En 637, le Califat islamique anéantit l’armée perse à la bataille d’al-Qadisiyya et la population devient progressivement musulmane. Mais d’un point de vue religieux, la Perse a tour à tour été le berceau du zoroastrisme, puis du manichéisme et enfin, tardivement -à partir de 1502 où il devient religion d’état-, du chiisme.
Les ruines de Persépolis
(photo Tripadvisor)
Le grand bazar de Téhéran
(photo Tripadvisor)
La cathédrale Saint-Sauveur
(photo Tripadvisor)
Mosquée Nasir al-Mulk
(photo Tripadvisor)
Je rêve de voir les ruines de Persépolis, le grand bazar de Téhéran, le palais d’Ali Qapou et la cathédrale Saint-Sauveur à Ispahan ou encore la somptueuse mosquée Nasir al-Mulk à Chiraz. Et bien sûr, je suis intéressé par le mode de vie des iraniens et leur façon de faire la fête. Et je suis avide de rencontrer ses habitants et ses habitantes, même si je me doute qu’elles ne ressemblent pas toutes à Neggzia, réfugiée politique iranienne en France devenue top model (cf. ci-contre).
Je pense devoir patienter encore longtemps, hélas. Les reportages qui passent actuellement sur les chaines de télévision concernant l’actualité du pays sont pauvres. C’est normal : de l’aveu même des journalistes, Internet y est coupé et le monde occidental ne reçoit donc pratiquement plus d’images de ce qui s’y passe. Les informations qui nous parviennent reflètent avant tout le point de vue des Etats-Unis. Rien de tel, dans ces conditions, que d’aller à la rencontre des iraniens eux-mêmes, pour recueillir leur avis, même si ceux qui sont en France ne sont pas forcément représentatifs de ce que pense l’ensemble de la population restée au pays. Or, il existe un petit bout de Perse à Paris, du côté de la rue des Entrepreneurs, dans le quinzième arrondissement, avec plusieurs restaurants iraniens et surtout la librairie « Perse en poche », au 11 rue Edmond Roger qui en est l’épicentre culturel.
J’y suis invité pour la fête de Yalda qui célèbre le solstice d’hiver. Dans la salle principale, remplie de milliers de livres en persan et en français, une scène a été improvisée au fond. Les participants, nombreux, s’asseyent sur des bancs le long des trois autres murs. Une première personne lit un poème en persan qu’une autre, à ses côtés, traduit en français strophe par strophe. C’est ensuite une jeune étudiante iranienne qui joue du tanbour (avec un n et pas un m), instrument de musique ancestral constitué d’une sorte de calebasse surmontée d’un manche sur lequel sont accrochées des cordes. Il y a aussi un tombak, le tambour persan. Puis de nouveau, deux personnes racontent des fables persanes dans la langue originelle puis en français.
Une petite pause est proposée, le temps pour les organisatrices de servir des jus et des pistaches. Je me lève et visite les salles contigües, elles aussi, remplies de livres. Je remarque un ouvrage de Sadeq Hedayat qui a écrit des nouvelles et des romans empreints de fantastique, et qui a été salué deux ans après son suicide en 1951, par les surréalistes lors de la parution en français de « La Chouette aveugle ». Il y a aussi des livres d’Houshang Golshiri ou de Sadeq Choubak. Et également des ouvrages d’art et de calligraphie persane.
Je discute avec quelques iraniens. On parle de la situation du pays pendant que les organisatrices de l’événement commencent à distribuer des assiettes avec les entrées. Elles apportent également du vin. Du vin de France. Il existe du vin iranien, le Shiraz, mais depuis la révolution islamique, il est vendu sous le manteau et fabriqué de façon artisanale et erratique, ce qui fait qu’il n’est pas rare qu’il dépasse les vingt degrés. Vient ensuite le plat de résistance, à base d’agneau et de pois puis la ronde des pâtisseries et de fruits, accompagnés de thé. Le spectacle reprend avec une nouvelle lecture et des danses, sur des clips projetés sur grand écran. C’est la fête persane : un mélange de poésie, de collations et de musique. Et on parle à de vrais iraniens.
Il existe un autre endroit au parfum persan que j’affectionne particulièrement, il s’agit de la galerie Nicolas Flamel (rebaptisée sur internet « the Caspian shop »), au 216 rue Saint-Martin dans le troisième arrondissement qui commercialise des céramiques artisanales d’Iran et qui propose, de temps en temps, des expositions. J’y ai vu notamment une rétrospective d’affiches de la période 1926 à 1977 où la calligraphie se mêle au dessin de façon remarquable, annonçant la sortie de films, des représentations théâtrales ou encore la tenue de festivals de musique. Quant aux objets proposés à l’achat, qu'il s'agisse de sculptures, d'assiettes, de plats, ils sont hors du commun et globalement pas très chers.
Exposition d´affiches
Assiettes et plats
Objets en céramique
En matière d’œuvres d’artistes iraniens, on trouve aussi de très belles choses à l’Atelier des Artistes en Exil, au 6 rue d’Aboukir, dans le deuxième arrondissement, mais il faut profiter d’une journée portes ouvertes pour pouvoir les voir. L’association qui gère le lieu organise aussi, régulièrement, des événements à la Maison de la Poésie, au 157 rue Saint-Martin dans le troisième ou au 106 rue Brancion, dans le quinzième. Elle s’occupe des artistes de toutes nationalités. Il y a donc des iraniens mais aussi des personnes venant d’Afrique, d’Amérique du Sud ou d’Extrême-Orient.
Une autre (petite) boutique propose de l’artisanat d’Iran de toute beauté, c’est le magasin « Trésors de Perse » au 60 rue Mazarine, dans le sixième. On y trouve des bijoux, de la céramique et des faïences, de la marqueterie et des étoffes élégantes. Dépaysement culturel garanti. Deux autres endroits proposent un petit parfum du bazar de Téhéran : les boutiques « Bleu de Perse » au 38 rue des Ecoles et « Artisanat d’Iran » au 28 rue Gay-Lussac, toutes deux dans le cinquième arrondissement.
Sur la situation actuelle et les perspectives d’évolution du régime iranien, plutôt que d’écouter la propagande américaine relayée peu ou prou par les chaines d’actualité, allez plutôt à la source : rencontrez et discutez avec de vrais iraniens pour vous faire une idée.
Et comme en Iran, tout se termine par de la musique et de la danse, voici deux morceaux contemporains s´appuyant sur la tradition de sonorités persanes...