Les années 1970 ont été marquées par ce qu’on a appelé la « révolution sexuelle »
J’étais dans un lycée de garçons. Quand je suis entré en seconde, on a instillé une petite proportion de filles, une quarantaine, contingentées aux filières spécialisées dans les arts plastiques, face à deux mille petits mâles en puissance. La concurrence était rude et je me suis vite aperçu que j’étais exécrable dans les techniques de drague. Je n’avais pas de sœur, la seule personne proche de sexe féminin et ayant mon âge, c’était ma cousine, mais elle était loin. Il m’était difficile de comprendre les attentes d’une jeune fille et encore plus d’y répondre. Je me suis pris des dizaines de râteaux... Vraisemblablement au moins une quarantaine, mais je ne me souviens pas de tous...
Après le baccalauréat, j’ai préparé les concours d’écoles d’ingénieurs en faisant Math Sup puis Math Spé, qui ne sont pas, à proprement parler, des repaires libertins. Plus tard j’ai intégré l’Ecole Spéciale des Travaux Publics, où il n’y avait pas plus de 10 % d’étudiantes et elles n’étaient pas toutes des beautés... J’essayais bien, dès qu’une occasion se présentait, lors de soirées dansantes ou de beuveries festives de convaincre une jeune fille plus ou moins charmante de passer la nuit avec moi, mais je ne rentrais pas dans leurs critères. La libération sexuelle s’est traduit par une loi de Pareto classique : seuls 20 % des hommes attirent 80 % des femmes, de même que 80 % des hommes s’intéressent à 20 % d’entre elles.
De plus, j’ai très vite compris que j’étais positionné sur un créneau qui n’existe pas car j’étais trop anticonformiste pour séduire les françaises d’éducation classique et pas assez déséquilibré pour plaire à celles qui cherchent à vivre dans la marge. Elles préféraient coucher avec des paysans du Danube, des mecs ultra-violents, des drogués, de dangereux malades très inquiétants pour aller jusqu’au bout de leurs fantasmes, même si elles devaient subir leurs coups physiques ou mentaux.
A posteriori, toutes mes compagnes, sans exception, ont toujours été étrangères ou d’origine étrangère ou ayant longuement vécu à l’étranger. Je n’intéresse pas les françaises. Encore maintenant ! De toute façon, j´ai renoncé à faire le premier pas et j´attends qu´on me drague, or ça n´est pas du tout dans la culture française que les femmes prennent l´initiative.
Toujours est-il que dans les années 1970, dans un monde devenant ultra-sexualisé, rester puceau, c’était la honte absolue. A 18 ans, j’ai pris mon courage à deux mains et je suis allé voir une prostituée. Je suis allé à Pigalle et j’ai abordé une magnifique blonde d’au moins trente ans, en prenant le soin d’expliquer, tout penaud, que c’était la première fois. Elle a été charitable. Malgré mon stress, elle a su guider mes gestes. Et moyennant une petite rallonge, elle a accepté que je reste sensiblement plus longtemps pour que ma première expérience soit, au moins physiologiquement, une réussite. Je me souviens qu’en me rhabillant, je tremblais comme une feuille et qu’elle m’avait donné une cigarette pour me détendre, alors que je ne fume pas.
Mais j’étais content. Après cette première fois, il y en a eu d’autres.
D’abord avenue Foch, où je me souviens d’une très jolie femme, à peine plus âgée que moi qui, avec un diplôme d’études approfondies en Mathématiques en poche avait fait le tour du monde. La deuxième fois où j’étais allé à l’hôtel avec elle, elle avait haleté d’une façon que je trouvais inhabituelle et un peu inquiétante. En fait, c’était la première fois que je faisais jouir une femme.
Ensuite rue Saint-Denis, puis rue Blondel... Lorsque j’étais en école d’ingénieurs, je donnais des leçons particulières de mathématiques qui me garantissait chaque mois largement plus d’un SMIC d’argent de poche, en période scolaire.
Très vite, je me suis aperçu que les relations dans le cadre de la prostitution me convenaient mieux que les relations de séduction classique et qu’elles me revenaient beaucoup moins cher. En temps normal, sur dix jeunes femmes que j’essayais d’approcher, seule une acceptait de diner avec moi, et après avoir payé les frais d’approche et les frais de restaurant, la probabilité d’avoir des relations sexuelles restait epsilonesque. Alors qu’avec une prostituée, on paie, certes, mais moins cher qu’un restaurant à deux, et si ça se passe bien et qu’on revient plusieurs fois, il peut y avoir une relation d’empathie, d’amitié, voire plus.
Dans ma vie, j’ai dû fréquenter environ cinq cent prostituées. Il faut dire que j´ai connu de longues périodes de célibat, à mon corps défendant... Je ne prétends pas que le nombre de mes aventures tarifées puisse constituer une base statistique, ne serait-ce que parce que mes rencontres ont été étalées sur cinq décennies. Mais, en bon spécialiste du marketing, habitué aux observations impartiales, je pense avoir une vision assez fidèle du milieu de la prostitution en France. Et je n’ai jamais rencontré la jeune fille fragile et exploitée qu’on nous présente trop souvent dans les journaux. Bien au contraire, dans la plupart des cas, j’ai trouvé des femmes indépendantes, solides, souvent cultivées, avec parfois des diplômes conséquents, plutôt féministes, et en tout cas, toujours dominantes par rapport à leurs clients. Et toutes rejetaient, au moins en partie, notre société actuelle. La condescendance dont font preuve bon nombre de médias vis-à-vis des travailleuses et des travailleurs du sexe n’est en fait qu’un mépris de classe.
Il est évident que beaucoup de femmes ne sont pas prêtes à se prostituer. Il faut pour cela, la conjonction de quatre caractéristiques :
- un état dépressif latent ou un sentiment de ras-le-bol par rapport à un quotidien peu épanouissant,
- l’envie de gagner rapidement beaucoup d’argent,
- la non-sacralisation du rapport sexuel, soit parce qu’on a été éduqué comme ça, soit parce qu’on a connu un événement traumatisant (viol, inceste, violences familiales...) qui fait qu’on donne moins d’importance aux contacts physiques, le pire étant déjà passé,
- une rencontre, généralement avec une femme, qui connait bien le milieu de la prostitution et qui peut en ouvrir les portes.
Les petits voyous qui mettent les filles au tapin sont un phénomène rare, y compris en France depuis la révolte des putes de 1974. Mais plus le système est prohibitionniste et plus il fait se développer les réseaux mafieux et les proxénètes.
La loi française indique dans son article 225-5, que « le proxénétisme est le fait, par quiconque, de quelque manière que ce soit :
- d’aider, d’assister ou de protéger la prostitution d’autrui ;
- de tirer profit de la prostitution d’autrui, d’en partager les produits ou de recevoir des subsides se livrant habituellement à la prostitution... » 👉
Cette définition est tellement large que les enfants d’une prostituée qu’elle élève seule (ça arrive assez souvent), sont susceptibles d’être poursuivis pour proxénétisme à leur majorité. De même, un mari qui ne sait pas que sa femme se prostitue peut se retrouver en prison si elle participe au loyer du foyer. Et c’est loin d’être impossible, notamment avec les beurettes...
Par ailleurs, une prostituée a intérêt à avoir déjà ouvert un compte bancaire avant de commencer son activité, car ça lui sera rigoureusement impossible, en France, après, compte tenu de la réglementation sur le blanchiment d’argent. La seule façon de pouvoir le faire est de passer par des réseaux mafieux afin de bénéficier de fausses fiches de paye et de faux salaires.
Il lui est également impossible de louer un nouvel appartement, aucun propriétaire ne prenant le risque d’être poursuivi pour proxénétisme hôtelier. Là encore, la seule solution de contournement passe par des réseaux mafieux.
Sauf subterfuge particulier, les putes n’ont pas droit non plus à l’assurance maladie, ni à l’assurance chômage, ni à l’assurance retraite. En revanche, elles sont soumises à l’impôt et doivent payer des majorations exorbitantes si elles ne déclarent rien.
Les prostituées de la rue Blondel résument à leur manière la loi hexagonale en disant : « en France, ça n’est pas le maquereau qui fait la pute, c’est la pute qui fait le maquereau », ce qui veut dire, en clair, que ce n’est pas le proxénète qui met la fille au tapin, mais que c’est parce qu’elle tapine que tous les hommes qui l’entourent sont considérés comme des proxénètes, même s’ils n’y sont pour rien.
De fait, la seule étude sérieuse réalisée sur la prostitution en France, réalisée en 2013 par le Laboratoire Méditerranéen de Sociologie, en lien avec les chercheurs de l’université d’Aix-en-Provence et sous le contrôle du CNRS -qui me semble être un organisme digne de foi- a fait apparaître que seules 7% des prostituées approchées (sur un panel de plusieurs centaines) étaient susceptibles d’avoir été contraintes à exercer leur activité dans le cadre d’une organisation mafieuse.
Des études comparables ont été menées au Royaume Uni et en Belgique qui font apparaître plutôt un taux de 2 ou 3 % de prostitution forcée. On est loin des statistiques délirantes sorties d’on ne sait-où et régulièrement exhibées par le Nid, l’association de rédemption des putes, proche du Ministère délégué à l’égalité des femmes et des hommes depuis des lustres. Pour mémoire, le Nid a été fondé en 1946 par un prêtre, le père André-Marie Talvas qui s’est manifesté comme très proche des milieux catholiques intégristes dans les années 1970, c’est-à-dire de l’aile droite du Front National de Jean-Marie Le Pen.
Les repreneuses du mouvement se disent féministes et combattent sans merci à coup de fake news les autres... féministes, issues notamment du syndicat des Travailleuses et Travailleurs du Sexe, le STRASS. En effet, la question de la prostitution divise les féministes : certaines comme Elisabeth Badinter se prononcent pour le libre choix des femmes de disposer de leur corps, y compris dans la prostitution, tandis que les autres autour du Nid et d’Osez le féminisme se déclarent farouchement contre, en ce sens qu’elles combattent avant tout le désir masculin.
Et le Nid touche des subsides importants de l’Administration Française pour organiser des stages de « réhabilitation » des pauvres clients de prostituées qui se font surprendre par la police. Le Nid défend donc aussi ses propres intérêts...
Au niveau politique, dans une majorité d’états européens, le parti socialiste s’est prononcé contre la prostitution. Cette prise de position est à mettre en perspective par rapport à la stratégie des démocrates sociaux : en abandonnant, de fait, la lutte contre le capitalisme, il leur a fallu trouver des éléments les différenciant des autres partis de droite. Ils ont donc investi le terrain « sociétal ».
Le problème, c’est que la plupart des sujets dans ce domaine ne sont ni de droite ni de gauche. Lorsque je tenais des boites de nuit, j’étais le premier à veiller à ce qu’on laisse tranquille les gays et qu’ils puissent vivre leurs fantasmes en toute sécurité. Mais défendre les homosexuels n’est ni de gauche, ni de droite, c’est d’ailleurs à l’extrême-droite qu’on en trouve le plus ! De même la prostitution n’est ni de gauche ni de droite. C’est le reflet d’une rencontre entre des misères sexuelles et des misères économiques ou sociales.
Lorsqu’il a claqué la porte du Parti Socialiste, Jean-Luc Mélenchon était un homme seul. Il a constitué autour de sa personne, le Parti de Gauche qu’il a élargi avec habileté en constituant LFI. Mais ça n’est pas un parti de militants. Le débat d’idées ne remonte pas de la base. Il est édicté par le fondateur qui tente d’attirer les électeurs avec une stratégie marketing bien huilée. Il a commencé par recenser tous les sujets orphelins et s’est positionné dessus pour couvrir un maximum d’espace et espérer attraper des voix éparses. C’est ainsi qu’il s’est prononcé sur le bien-être animal qui peut attirer de jeunes urbains mais qui est loin de passionner les masses laborieuses des usines.
Très vite, il s’est exprimé contre la prostitution, en s’appuyant sur des considérations dogmatiques et morales, au mépris des principales intéressées que sont les travailleuses du sexe. Comme c’est un sujet qui ne passionne pas non plus les foules, que les prohibitionnistes sont nombreux dans les rangs des bourgeois urbains aisés qui composent une grosse partie de son électorat et que les éventuels clients des prostituées préfèrent rester discrets sur leurs petites turpitudes, c’est passé sans problème. Les positions sont bien plus nuancées dans les partis à la gauche du Parti Socialiste dans les pays voisins, comme chez Podemos en Espagne qui a mis son veto à une proposition de loi prohibitionniste du PSOE ou au PTB en Belgique, qui n'est pas systématiquement opposé aux Travailleuses du Sexe.
Les Verts sont longtemps restés divisés sur le sujet de la prostitution. C’est finalement la tendance prohibitionniste qui l’a emporté mais rien n’est jamais très stable dans la mouvance écologiste où il y a autant d’avis que de militants.
De tradition ultra-puritaine, le PCF n´a pas eu de mal à s´aligner sur les positions du PS et de LFI, dans un esprit affiché d’union de la gauche. Ses adherents sont plus dubitatifs lorsqu´on aborde le sujet avec eux.
Le NPA, qui est un parti de militants sensibles aux réalités concrètes, a clairement affirmé son soutien aux Travailleuses et Travailleurs du Sexe, avant de se rétracter dernièrement pour se rapprocher de LFI et être tête de liste commune dans plusieurs municipalités. Il n’y a que Révolution Permanente, mouvance scissionniste du NPA qui continue à défendre la position d’origine.
Face à cela, il y a le STRASS, au départ très lié à Act Up, qui continue son combat pour les droits des putes en France. J’en ai été assez proche pendant des années, lorsque Morgane Merteuil en était porte-parole. Par la suite, ses militantes se sont perdues dans des confusions idéologiques depuis que des anarchistes prohibitionnistes (si ! si ! ça existe !) regroupés au sein de l’Alliance Libertaire ont accusé le syndicat de faire plus du lobbying en faveur de la prostitution que de veiller aux droits des putes.
C’est évidemment grotesque. Un syndicat est là pour défendre la population qu’elle protège et faire du lobbying... L’équivalent belge du STRASS, Utsopi, l’a bien compris et a mené une action efficace pour que les députés belges s’emparent sérieusement du sujet et votent la décriminalisation complète de la prostitution qui est entrée en vigueur depuis juin 2022.
En France, les socialistes ont fait voter la loi inique de pénalisation des clients des prostituées du 13 avril 2016. C’est une loi injuste, qui précarise un peu plus le travail des putes, et qui est concrètement peu applicable et totalement contournable par les clients les plus riches : il leur suffit de passer par Internet, ou d’aller en Belgique, aux Pays Bas, au Luxembourg, en Allemagne, en Suisse, en Espagne ou au Portugal où la prostitution est légale ou en Italie où elle est largement tolérée. De fait, alors qu’il y a officiellement 40 000 prostituées en France et vraisemblablement plus de 4 millions de clients, seules 300 infractions sont constatées chaque année. 👉
C’est une loi prohibitionniste (et non abolitionniste comme les « sales connes » hystériques du Nid aiment à s’auto-qualifier) qui coûte cher et ne sert pas à grand-chose. De toute façon, la prohibition n’a jamais permis de combattre efficacement ce pour quoi elle avait été instituée. Elle sert simplement à faire croître et prospérer les mafias. Ce fut le cas, aux Etats-Unis avec la Prohibition sur les alcools : ça n’a pas diminué le nombre d'ivrognes, mais ça a durablement créé et consolidé des filières liées au banditisme, avec Al Capone en tête.
C’est la même chose avec la consommation de drogue en France où il existe les lois les plus répressives d’Europe et où il en résulte que la consommation y finit par être la plus élevée ! (cf. carte ci-contre)
Concernant la prostitution, alors que les réseaux de traite d’êtres humains s’effondrent progressivement en Belgique puisqu’ils n’ont plus de raison d’être, ils prennent de l’ampleur en France, où commencent à se tisser des organisations avec des proxénètes très jeunes pour faire tapiner des filles mineures.
Dans ce paysage, la proposition du RN de permettre l’ouverture de maisons closes a le mérite d’exister. Je ne sais pas si c’est la meilleure solution car, comme le dit le proverbe, « le diable est dans les détails ». Et je ne pense pas que le concept de maison close soit le meilleur qui soit. Je regrette simplement que, par pur aveuglement idéologique, ou par simple calcul électoral, les forces de gauche aient, dans leur grande majorité, laissé à l’abandon la défense des prostituées. Alors qu’il suffisait simplement d’une réflexion pragmatique et de bon sens, la prise de position brutale du PS et de LFI trace, sur ce sujet, un boulevard à Marine Le Pen et à ses amis.
Pour ma part, comme j’ai toujours été en couple avec des femmes étrangères, je ne voterai pas RN qui est un parti foncièrement xénophobe. Je ne vote pas contre mes intérêts.
De plus, je suis partisan d’une meilleure équité économique et je doute fort que le RN la mette en place.
Je ne voterai donc pas RN. Mais je me souviendrai aussi, longtemps, des positions putophobes de LFI ou du PS et, sauf à ce qu’ils changent d’avis d’ici là, je ne voterai pas pour eux, même au second tour, et même face à un candidat d’extrême droite. Je ne vote pas contre mes intérêts.
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