Dans un monde qui tourbillonne, qui change en permanence autour de nous, qui bouge à toute vitesse et se transforme en profondeur et de façon irrémédiable, à tel point qu’on finit par en perdre ses repères, il est bon de se souvenir, de temps en temps, du passé. Il ne s’agit pas d’être nostalgique, même si ça n’est pas interdit. Mais il est nécessaire de se souvenir d’où on vient pour garder en tête ce qu’on est soi-même, à la fois pour mesurer le chemin parcouru, et pour choisir quand c’est possible, la meilleure façon de s’adapter.
Au vingtième siècle, les bouleversements ont été nombreux et profonds, un peu partout autour de la planète. Ils se sont précipités au vingt-et-unième, avec l’accélération de la circulation des biens et des personnes et le développement des nouvelles technologies et des moyens de communication. Dans certaines régions du monde, les changements ont été encore plus spectaculaires, avec des incidences économiques et culturelles impactant intensément la vie quotidienne de ses habitants. C’est le cas, en particulier, de la Chine.
Zhao Qichao y est né en 1963, pas très loin de la frontière sibérienne. Il a connu les changements gigantesques qui ont traversé son pays : son industrialisation emblématique, la construction de mégapoles futuristes, l’accroissement pharamineux du parc automobile et des autoroutes ou encore la généralisation du confort aux normes les plus récentes. De l’observation de toutes ces mutations, il en a fait son métier : il est devenu photographe.
Il a parcouru la Chine, mais aussi le Népal, la Corée, l’Ethiopie, l’Italie... Ses clichés, toujours d’une grande qualité, représentent souvent des paysages où le futur côtoie des vestiges du passé. On y voit des gratte-ciels avec un morceau de bâtiment en ruine ou une vieille barge qui prend l’eau au premier plan. On y aperçoit des embarcations rouillées devant un building flambant neuf, ou des balises fatiguées dans un décor immuable. On découvre des villages dont on saisit le caractère dérisoire, aux pieds de montagnes majestueuses et éternelles. On remarque une rue ancienne envahie par des bannières laissant entrevoir que la société de consommation l’a définitivement conquise. On devient le témoin d’un monde qui s’écroule, sous l’effet des pelleteuses ou sans qu’on en sache vraiment la cause.
Lorsqu’il ne saisit pas, sur la pellicule, le contraste entre l’ancien et le moderne ou l’instantané et l’intemporel, il capte des moments remarquables où la tradition s’exprime encore. Ce sont de majestueux temples bouddhistes, des statues protectrices taillées dans la montagne, des cérémonies millénaires, ou encore, des rassemblements laïques ou religieux mais qui semblent s’inscrire dans de longues habitudes.
Il y a d’élégantes photos en noir et blanc. D’autres sont en couleur, avec toujours un choix de lumière qui accentue le caractère intemporel de ce qu’elles représentent. Celle qui est la plus colorée, qui montre un pont courbé surmonté du poutres et poteaux bariolés, semble résister au temps, comme si c’était le chemin du paradis, construit depuis la naissance de l’humanité et destiné à lui survivre.
Zhao Qichao dépasse l’instantanéité de la photographie pour nous plonger, dans chacune de ses vues, dans un moment d’histoire. Son exposition à la Vanities gallery, au 17 rue Biscornet, à Paris, dans le douzième arrondissement, s’intitule « L’éternité effacée ». Mais avec Zhao Qichao, elle ressuscite et ressurgit à chaque image. Ce sont les souvenirs du passé qu’il confronte au présent. Zhao Qichao, le photographe de la mémoire.
Exposition du 14 au 29 novembre 2025. Vernissage vendredi 14 novembre à partir de 18h30. (👉 site de Vanities gallery)
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